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Collectionneur et marchand d’art, Régis Krampf est à l’aise dans tous les domaines. Galeriste à New York et à Istanbul passé par Christie’s, amateur d’art contemporain chinois et coréen, fin connaisseur de l’œuvre de Braque, il se fait volontiers curateur et commissaire à Genève où il réside.

Il découvre la scène contemporaine asiatique lors de son premier voyage en Chine en 2004. Et tombe sous le charme. « Avant, les galeries d’art contemporain à New York ne croyaient pas trop au développement de l’art contemporain chinois. Mais il est indéniable qu’au niveau artistique, si le XIXe siècle était européen et le XXe siècle, américain, le XXIe siècle est chinois. »

 

Regis Krampf

Dans le très chic quartier de Chelsea à New York, sa galerie inaugurée en 2005 fait ainsi venir des artistes de Corée et de Chine, tandis qu’à Istanbul, son immeuble de quatre étages juste en face du Modern Museum révélait des artistes européens et américains aux collectionneurs turcs. « C’est une superbe aventure que j’ai dû arrêter en 2016, car la situation politique devenait tendue », explique le galeriste dont l’espace se situait sur la place Taksim, épicentre des manifestations. « En 2009, j’étais la seule galerie de New York à exposer lors de la foire Contemporary Istanbul. J’avais déjà des collectionneurs et des amis turcs qui parlaient d’un marché très jeune, pas encore développé, mais j’ai tout de suite senti son potentiel énorme. »

Tout au long de ses années où il s’intéresse aux scènes émergentes asiatiques, turques, américaines et européennes, il garde un œil sur l’art moderne, et en particulier sur Braque. Il prend alors un autre pari : celui d’explorer la période post-cubiste du grand artiste, une période plutôt délaissée par le marché. « Comme tout le monde, j’ai regardé les Cubistes, les Fauves. J’ai été attiré par son travail et je me suis intéressé à cette période post-cubiste, très aboutie, qui résonne avec l’art contemporain, car Braque était un génie en avance sur son temps – d’ailleurs, on l’appelle le père de l’art contemporain. Mais j’ai surtout remarqué la faille au niveau du marché, car il y a des tableaux de cette période encore tout à fait abordables. »

Il poursuit : « Braque et Picasso sont souvent comparés, mais on ne peut pas avoir de personnalités plus éloignées. Braque était un grand technicien de la peinture, il avait une compréhension incroyable de la matière et de la toile, des épaisseurs. Il a d’ailleurs inventé les papiers collés et a été le premier à mettre du sable sur la surface. Alors que l’on connaît Picasso pour ses portraits, le sujet même de Braque est la nature morte. C’est moins vendeur… »

Depuis plusieurs années, il rêve d’une grande exposition consacrée à cette période méconnue du cofondateur du cubisme et poursuit les acquisitions pour enrichir sa collection en vue de l’événement : « Il y a un beau travail de redécouverte à faire. Après je passerai peut-être à un autre artiste… »

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