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Ateliers Delvaux

Le musée Delvaux n’est pas un musée comme les autres. Niché au cœur du siège bruxellois de la vénérable maison à l’Arsenal, il raconte une mémoire vivante, celle de la plus ancienne maroquinerie de luxe au monde dont l’histoire bicentenaire se confond en filigrane avec l’invention d’un pays : la Belgique. Ni institution patrimoniale ni conservatoire des savoir-faire — bien que le musée traverse en partie les ateliers —, son initiateur, Jean-Marc Loubier, PDG de Delvaux se défend d’avoir voulu créer un énième musée marketing, mais un musée d’entreprise qui célèbre un « héritage en mouvement ». « Notre objectif est de faire connaître la réalité de notre histoire et de nos activités à l’heure où une forme d’historic washing menace l’authenticité des récits de marque », rappelle Jean-Marc Loubier, initiateur du musée inauguré en 2019.

Jean-Marc Loubier

On y découvre l’évolution du sac à main et les fleurons de la maison — le sac Brillant, le Tempête, le Lingot — mais le musée, qui se visite sur rendez-vous, propose surtout une plongée dans l’esprit et la longue histoire de la maison qui commence en 1829, un an avant l’indépendance du pays, lorsque Charles Delvaux ouvre son premier atelier d’articles de voyage au cœur de Bruxelles sur fond de révolution industrielle et citadine en plein centre de l’Europe. À l’heure où les déplacements mutent et s’accélèrent, les besoins en malles, sacs et autres porte-documents se font pressants… Quelques années plus tard, Delvaux deviendra même fournisseur officiel de la Cour royale dès 1883. Autre date clé jalonnant le parcours muséal : 1908, lorsque la marque dépose le tout premier brevet mondial de sac à main. « Avec cette date-là, on peut dire tout simplement que Delvaux a inventé le sac moderne, appuie Jean-Marc Loubier. Nous avons la photo du dépôt et la photo du sac, ce sont des faits, réels, vérifiables et authentiques. Bien entendu, les sacs existaient déjà avant, mais avec ce brevet, Delvaux invente un nouvel objet référent qui accompagne l’émancipation féminine naissante lorsque les femmes commencent à sortir seules et ont besoin de transporter leurs effets personnels. Voilà l’origine du sac à main et Delvaux va ainsi devenir un acteur du développement de ce qui deviendra le luxe contemporain tel qu’on le connaît maintenant. »

Musée Delvaux

La scénographie toute en transparence avec ses verrières traduit cette philosophie. Un monte-charge industriel débouche face à un sac Brillant monumental, créé pour l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958. Une cinquantaine de pièces seulement sont exposées, sur les 3.000 références des archives qui remontent jusqu’à 1930. « On veut que les gens repartent avec une sensation sans les surcharger d’informations visuelles », explique le PDG. Les évocations de la « belgitude » et des collaborations des artistes avec Delvaux sont nombreuses — Magritte, Jacques Brel, Margiela… Une plongée multisensorielle dans l’univers raffiné développée depuis 200 ans par la marque, que Jean-Marc Loubier résume par l’expression « sustainable by design » : un sac conçu pour durer et créer une connivence avec la cliente qui en devient la passeuse. Et un positionnement de marque voulu comme « un antidote à la globalisation, à la massification, et à la standardisation », qu’il résume : « Delvaux n’est pas seulement un fabricant de sacs, mais une maison qui assume une culture, une histoire, une responsabilité envers celles et ceux qui la font vivre. Et cette histoire n’est pas figée dans un musée : elle se poursuit dans chaque sac, chaque boutique, chaque visiteur qui franchit la porte et qui, peut-être, deviendra à son tour dépositaire de cette mémoire. »

Musée Delvaux

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