Grâce à elle, l’Atomium et de la Villa Empain ont trouvé un nouveau souffle. Figure emblématique de la préservation du patrimoine belge, Diane Hennebert repart une nouvelle fois en campagne cette fois-ci pour la restauration du Pavillon Chinois de Laeken. C’est peu dire que l’administratrice déléguée de l’ASBL Palais des Routes de la Soie a du pain sur la planche. Située en bordure du domaine royal de Laeken, cette folie architecturale commandée par Léopold II a été désaffectée, puis laissée à l’abandon pendant des décennies avant d’être définitivement fermée pour raison de sécurité en 2013. Elle fut pourtant un emblème du rayonnement impérial belge. Tout commence en 1900, lorsque le souverain visite l’Exposition universelle de Paris où fit la rencontre de l’architecte parisien Alexandre Marcel, fraîchement auréolé du Grand Prix pour son attraction « Le Tour du Monde ». Conquis par cette réalisation, Léopold II ne tarde pas à solliciter l’architecte orientaliste — il a également conçu la Pagode chinoise de Paris — pour concevoir un projet similaire destiné à embellir le parc royal. Un ambitieux complexe comportant quatre édifices : une Tour japonaise, un Pavillon chinois, un kiosque et une dépendance destinée à abriter les carrosses. « Au début du XXe siècle, la Belgique était la deuxième puissance économique mondiale, avec une explosion des nouvelles fortunes, raconte Diane Hennebert, aux manettes de ce projet de restauration colossal. C’est dans ce contexte que le roi Léopold a commandé le Pavillon Chinois, en ne donnant aucune limite budgétaire à son architecte. »

Diane Hennebert
Le résultat est spectaculaire. Les décors extérieurs en bois sculpté et doré ont été réalisés à Shanghai entre 1903 et 1910, tandis que la plupart des aménagements intérieurs ont été produits en France, dans un goût prononcé pour les chinoiseries et les fantasmes européens d’une Chine idéale. Lors de la BRAFA 2026 (25 janvier-1er février), le public pourra d’ailleurs découvrir la maquette originale de ce projet extraordinaire, un objet de 3,20 m sur 1,80 m, retrouvé « par miracle » en mille morceaux dans une cave du musée d’Histoire puis patiemment reconstitué. « L’annexe sera la première à renaître, avec un chantier qui doit commencer dans les prochains mois et s’achever d’ici la fin de l’année, afin de servir à la fois d’espace utilisable et de base arrière pour le gros œuvre sur le Palais, précise Diane Hennebert. Le Palais lui-même, qui est un bâtiment fragile nécessite encore des études avant de pouvoir être restauré, d’autant plus qu’il est totalement classé. » Priorité sera donnée à la stabilité, à l’étanchéité et la restauration minutieuse des décors, un travail lourd qui doit conduire à une réouverture complète au public fin 2028. À terme, le bâtiment accueillera des événements artistiques de prestige, principalement des expositions autour des trésors, anciens et contemporains, liés aux routes de la soie. « C’est pour cela que j’ai rebaptisé le Pavillon chinois, le Palais des Routes de la Soie, dans cet esprit de dialogue entre voyage, patrimoine et création », ajoute l’administratrice.

Pavillon Chinois, Laeken
Pour elle, le Palais doit devenir un laboratoire de partenariat privé-public réussi, susceptible de faire école pour d’autres monuments en péril. « Je suis un peu la femme de ménage des grandes architectures bruxelloises », s’amuse-t-elle, convaincue que le succès de Laeken servira de précédent pour arracher d’autres sites à l’abandon, « une maladie typique de Bruxelles ». Elle déplore : « Il y a un terme pour ceci : la “bruxellisation”, c’est-à-dire détruire une ville sans bombardement en laissant se dégrader le patrimoine dans l’indifférence et la médiocrité. C’est dramatique. Pourtant, quand on prend soin des choses, qu’on les valorise et qu’on les traite avec respect et exigence de qualité, il n’y a que des bénéfices. » Les chiffres de l’Atomium, la fréquentation de la Villa Empain ou le succès de Tour & Taxis lui donnent indéniablement raison.

Pavillon Chinois & Tour Japonaise, Laeken