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C’est l’un des joyaux de l’Art nouveau bruxellois. À la croisée des beaux-arts, de l’architecture et des arts décoratifs, la Maison Hannon est une œuvre d’art totale illustrant le goût raffiné et résolument moderne de ses commanditaires, le couple Marie et Édouard Hannon. Commandée à leur ami architecte Jules Brunfaut en 1902, la demeure construite à l’angle des avenues Brugmann et de la Jonction à Saint-Gilles est un bijou symboliste meublé par Émile Gallé, orné de bas-reliefs du sculpteur Victor Rousseau et de vastes fresques de Paul Baudouin, ainsi que de tableaux réalisés par James Ensor, Victor Rousseau ou Émile Claus. « Cette idée d’œuvre d’art totale est un concept très fin de siècle : tout le cadre de vie doit fusionner pour former un univers cohérent, explique Grégory van Aelbrouck, le directeur-conservateur de la Maison Hannon. Les décors peints, les pochoirs, les fresques, les vitraux, les structures métalliques… tout est conçu sur mesure pour se répondre, se prolonger, jusqu’à créer une sorte de monde parallèle. » Un microcosme à l’image de ses commanditaires passionnés de botanique, de poésie, d’Antiquité et de technologie – ingénieur fasciné par la photographie, Édouard Hannon fut d’ailleurs l’un des précurseurs du pictorialisme en Belgique. Le souci du détail y est tel que même la propagation du son a été soigneusement pensée, courbes et voûtes permettant de diffuser les voix et la musique dans toute la maison. « La demeure est un reflet en creux de ces personnalités d’avant-garde, ils ont voulu laisser une maison-testament, une maison-portrait pour la postérité », ajoute le conservateur.

©credit photo David Plas

Elle a pourtant été bien malmenée au cours de son histoire. Au décès de la fille du couple Hannon en 1965, la famille décide de revendre le bien qui subit vols, dégradations et saccages. À l’issue de multiples campagnes de classement et de restauration, une ABSL est finalement créée en 2019, à l’initiative de la Commune de Saint-Gilles et de la Région. Inauguré en 2023, le nouveau musée porte un programme de restauration d’ampleur qui se poursuivra jusqu’en 2030 avec des chantiers ouverts au public. « Pour l’instant, l’effort porte sur le rez-de-chaussée, l’espace le plus spectaculaire, où l’on concentre la restitution du mobilier, explique Grégory van Aelbrouck. Le premier étage, lui, sert à stabiliser et fidéliser le public en développant une dynamique culturelle : l’idée n’est pas de faire de la maison Hannon une simple attraction touristique, mais un lieu vivant. » Un véritable laboratoire pour explorer les arts de la fin du XIXe siècle, notamment le courant symboliste à travers un riche programme d’expositions. Jusqu’au 19 avril 2026, « Écho des songes : Le Symbolisme à Bruxelles » propose ainsi une « invitation au voyage au cœur des imaginaires fin-de-siècle ». « L’ambition est de proposer une lecture horizontale : ne pas se limiter à l’architecture ou au décor, ce que fait déjà très bien le musée Horta, mais croiser beaux-arts, arts décoratifs et littérature, précise le conservateur. La Maison Hannon doit devenir un incontournable de l’âge d’or bruxellois, en soulignant en permanence les liens entre France et Belgique. »

À sa surprise, le projet muséal fait mouche auprès des plus jeunes : la moitié des visiteurs individuels ont moins de 35 ans, séduits par l’aspect immersif de cette maison-musée qui se prête volontiers aux mises en scène sur TikTok et Instagram « Cette fréquentation déconstruit certains clichés que l’on prête à la jeunesse, constate Grégory van Aelbrouck. À la Maison Hannon, on ne regarde pas un tableau : on rentre dedans. Ici, pas besoin de réalité augmentée : ces maisons ont été conçues comme des parenthèses, des espaces de songe et de rêve déconnectés du monde extérieur. C’est exactement en phase avec les préoccupations et la façon de vivre le numérique de la jeune génération, car la première des immersions, c’est la poésie. »

 

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