Comme il s’y était engagé dans son discours de Ouagadougou, en novembre dernier Emmanuel Macron a lancé le chantier de la restitution des œuvres d’art aux pays africains. Il a nommé deux experts culturels, dont le Sénégalais Felwine Sarr, pour rendre leur avis sur la question d’ici novembre.

Nous sommes allés à la rencontre de Didier Claes, spécialiste mondial et marchand d’art premier, qui s’engage sur cette question depuis plus de 10 ans.

« Saviez-vous que 99% du patrimoine artistique africain se trouve en dehors du continent, dans les pays occidentaux ? Oui, je crois profondément que L’Afrique a droit à son patrimoine ! » nous dit-il.

Le Bénin a fait en 2016 une demande de restitution des pièces pillées par l’armée française en 1896 dans le sac du Palais de Dahomey. A l’époque le Ministre Jean-Marc Ayrault avait répondu que les pièces faisaient partie du patrimoine français inaliénable.

« Cette réponse a humilié les Africains ! Cela a fermé toute possibilité de dialogue. Il est bon de savoir que lorsque Lionel Zinsou, économiste et ancien premier ministre du Bénin, créateur de la Fondation Zinsou, et président des Amis du Musée du Quai Branly a déclaré qu’en effet les Béninois devaient pouvoir retrouver leur patrimoine, il fut menacé par ses collègues du Musée !

Emmanuel Macron n’est pas fils de colon. Il n’y a pas la honte de ce passé colonial. Il a conscience que pour réécrire son histoire l’Afrique a besoin de son patrimoine. Les Français ont évidemment peur qu’il y ait des abus. Si on touche au principe d’inaliénabilité, on ouvre une boîte de Pandore.

Pour moi, il y a trois étapes :

Il faut d’abord définir ce qui est issu du pillage flagrant. Les musées allemands font ces recherches depuis 2 ans. En faisant ces recherches, nous ouvrirons le débat. L’important est que le dialogue démarre.

Ensuite il faut définir à qui rendre ces pièces : au pays, à la chefferie, au propriétaire?

Troisièmement je n’accepte pas la réponse qu’on nous fait habituellement : on vous les rendra quand vous serez prêts. Nous ne sommes pas des enfants ! Ce n’est pas un argument recevable !

N’oublions pas qu’avec la christianisation faite par les Pères blancs de nombreux africains ont abandonné leurs croyances. Enormément de pièces ont été brûlées ou enterrées. Quelques-unes ont été sauvées pour des raisons ethnographiques à la demande des scientifiques et des historiens. On estime qu’il reste 5% des pièces. De plus, même les musées africains sont allés en brousse collecter des objets. Le Musée de Kinshasa, par exemple, a ramené 8000 pièces ! J’ajoute que l’Afrique, ce sont 55 pays. Il est difficile de parler d’une seule voix. Le Sénégal pourrait être un interlocuteur rassembleur.

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