Elle est le nouveau visage d’Art on Paper. Nommée en janvier à la tête du salon bruxellois qui fête sa dixième édition cette année, Emmanuelle Indekeu rejoint l’aventure de cette manifestation qui célèbre le dessin sous toutes les coutures, entre feuilles anciennes, œuvres modernes et créations contemporaines.

Emmanuelle Indekeu
Toujours au format resserré — le salon devrait accueillir une quarantaine de galeries à Tour & Taxis du 2 au 4 octobre — Art on Paper 2026 se reconfigure dans format volontairement épuré, comme l’explique la nouvelle directrice : « J’aime ce format parce qu’il permet de prendre le temps. Dans les grandes foires, on ne voit pas tout, ou bien on fait les choses trop vite, et on rate beaucoup d’œuvres. Ici, on peut vraiment regarder. Nous allons avoir un mélange de renouveau et de continuité. Certains participants nous font le plaisir d’être là, comme la galerie La Forest Divonne ou Thomas Deprez, qui sont présents depuis les débuts pour ainsi dire. Et puis il y a aussi de nouveaux venus. Je trouve cela très important, parce qu’une foire doit continuer à vivre, à s’exprimer et à présenter des choses nouvelles. C’est ce renouvellement qui lui donne sa dynamique. »
La curatrice, passée par l’artist-run space Island, TheMerode et La Cambre où elle enseigne défend ainsi « une approche décloisonnée du médium à la fois exigeante, lisible et ouverte ». Pour elle, le dessin n’est ni un simple terrain préparatoire ni un « parent pauvre » des autres pratiques, mais un espace de liberté et de lecture privilégié de l’œuvre. « Le dessin raconte autre chose du travail d’un artiste. Il peut être à l’origine d’une création, mais il peut aussi être l’œuvre elle-même. Quand on collectionne un artiste comme Picabia, par exemple, voir une peinture ou un dessin n’en donne pas la même lecture. C’est très intéressant, parce que certains collectionneurs aiment compléter leurs ensembles avec plusieurs médiums d’un même artiste, afin d’avoir une vision plus globale de sa pensée, et le dessin offre cette ouverture. »
Avec son nouveau comité de sélection, elle échange « en mode ping-pong » pour affiner la sélection. Des profils très divers s’y croisent : l’artiste Pierre Bismuth, la commissaire María Inés Rodríguez aujourd’hui directrice de la Fondation Walter & Nicole Leblanc à Bruxelles, l’historienne de l’art Sabine Taevernier et la commissaire d’exposition Anne Pontégnie, mais aussi Fabian Kluth, un jeune collectionneur allemand de 19 ans, « qui offre un autre point sur la pratique du collectionnisme ».
La nouvelle directrice entend également renforcer les liens avec l’écosystème artistique bruxellois tout en consacrant cette première année à la consolidation du salon. Des collaborations sont prévues avec Bozar et les Musées royaux, notamment autour de l’exposition de William Kentridge, dont le travail sur papier s’inscrit naturellement dans le champ de la manifestation avec des visites organisées par Art on Paper. « Le programme culturel et les talks — nous collaborons avec des écoles d’art comme KASK pour l’élaborer — me tiennent particulièrement à cœur car je pense que l’art doit aussi être discuté et que la transmission se fait au-delà des œuvres elles-mêmes », conclue-t-elle.